L'Eglise
Au
milieu du Xème siècle, tout le nord de la France fut désolé par un
terrible fléau appelé le feu sacré, le mal d'enfer ou mal des ardents,
ou encore feu Saint Antoine. Il devait certainement s'agir d'un mal
provoqué par une maladie du blé ou du seigle : l'ergot, qui se transmettait
par la farine consommée dans les ménages. Les malheureux qui étaient
frappés de cette maladie se sentaient comme dévorés par le feu, pris
d'une soif inextinguible et voués à une mort certaine.
Plusieurs
d'entre eux, de passage sur le grand chemin de Maule à Meulan, s'arrêtèrent
à une petite fontaine et, ayant bu de son eau, éprouvèrent du soulagement
; d'autres, y revenant et demeurant près d'elle, furent guéris. La
nouvelle de cette "cure miraculeuse" ne tarda pas à se répandre; de
toutes parts affluèrent les malades et "en témoignage et reconnaissance
des nombreuses curations dues à cette fontaine salutaire" il fut bâti
sur le lieu une modeste chapelle que la piété des pèlerins transforma
ultérieurement en un nombre toujours croissant de fidèles.
Celle
qui allait devenir l'église de Flins présente en effet la particularité
d'être, avec son cimetière qui l'entoure, complètement excentrée par
rapport au village. Quelques-uns des éléments dont nous disposons,
sur le plan architectural, semble bien par ailleurs confirmer l'origine
attribuée à cet édifice élevé en témoignage des guérisons et qui était
dédié à "Notre-Dame-des-Ardents".
À
noter, en passant, que la petite source existe toujours dans la cour
de l'ancien presbytère, au pied d'une statue de la Vierge, auprès
de laquelle chacun peut toujours venir se recueillir. Sur la fondation
de l'église en tant que telle, qui daterait de 1106, il est dit qu'entre
1077 et 1090 l'évêque de Chartres aurait confirmé à l'abbaye de Josaphat
l'église Saint Cloud
de Flins.
Elle
aurait subi plusieurs modifications profondes, comme semblent le révéler,
d'une part les deux piliers en face de la chaire qui peuvent remonter
à la fin du Xème siècle, avec un chapiteau grossièrement sculpté et
orné de feuilles de cresson, d'autre part un autre pilier, plus massif,
laissant apparaître, gravés dans la pierre, les attributs d'un pèlerin,
datant des XIème"' et XIIème siècles ; et enfin les petites colonnettes
renaissance qui se trouvent dans le chœur, formant barres d'appui
d'une sorte de loggia qui permettait aux châtelains de suivre l'office.
Le chœur, qui daterait de la fin du XIVème siècle, est éclairé par
un grand vitrail double représentant, d'un côté Saint
Cloud, de l'autre Sainte Anne, l'épouse de Joachim
et mère de Marie.
Ce
vitrail a été installé à la fin du XVIIIème siècle, comme l'attestent
les armoiries de la famille Denyau, propriétaire du château, qui figurent
dessus. La nef, dont les voûtes ont peu d'élévation, est éclairée
par trois fenêtres garnies de vitraux en "grisaille", selon une technique
assez répandue dans beaucoup de nos églises. Sur le bas-côté, quatre
baies vitrées apportent de la clarté jusqu'à la chapelle de la Vierge
elle-même éclairée par deux autres fenêtres dont l'une est un vitrail
représentant Jeanne d'Arc à l'écoute de ses voix.
Sous
ce vitrail, offert en 1911 par des paroissiens de Flins, est installée
une statue, également de Jeanne d'Arc, mais revêtue de son armure.
De chaque côté d'une statue de la Vierge, au-dessus du petit autel
où sont conservées les saintes espèces, anges et rosaces en bois sculpté
attirent l'attention, de même qu'au soi, dans le chœur de cette chapelle,
la belle marqueterie dessinant une étoile, oeuvre d'un autre habitant
du pays. Au fond de l'église, en retrait par rapport à la nef principale
et sur une partie du dallage en surélévation, se trouve un baptistère
de bonne facture.
Au-dessus
du portail d'entrée, et après disparition de la tribune qui accueillait
autrefois la chorale, l'on peut voir, reposant sur une sellette une
statuette en bois, à l'effigie d'un pèlerin, retrouvée par hasard
dans les combles de l'ancien presbytère et dont on ignore l'origine.
L'ancien clocher, à l'origine, était situé à droite du transept. On
y accédait par un étroit escalier renfermé dans une petite tourelle
qui n'existe plus le clocher lui-même, qui menaçait ruine, dut être
démoli et reconstruit, en 1767, mais à l'opposé du chœur, c'est-à-dire
devant la porte d'entrée de l'église.
L'espace
compris entre cette porte et le portail donnant sur l'extérieur, constitue
une sorte de vestibule, pour ne pas employer le terme d'atrium qui
veut dire la même chose. C'est là que l'on peut voir une grande statue
de Sainte Anne, patronne secondaire de l'église de Flins, tenant Marie
enfant par la main. La cloche fondue en 1825 et fragilisée par la
suite a dû être refondue et bénie une nouvelle fois en 1895.
Le
grand Christ en croix que firent ériger face à l'église les propriétaires
du château en souvenir d'une mission prêchée à Flins en 1885 est la
copie fidèle de l'œuvre du célèbre sculpteur Bouchardon (18ème s.).
Restauré à l'occasion des travaux de rénovation de l'église et d'aménagement
du parc, en 1980, il se dresse à nouveau, mais tourné aujourd'hui
vers le village.
Saint CLOUD
dit aussi
Saint Cloud de Paris pour le distinguer de Saint Cloud de Metz, évêque
de cette ville un siècle plus tard À la mort de Clovis (511), le royaume
franc est partagé entre les quatre fils du roi défunt. L'un d'eux,
Clodomir, sera tué traîtreusement lors d'un combat, laissant trois
fils que la reine Clotilde, leur grand-mère, prendra sous sa protection
et élèvera chrétiennement.
Mais,
à l'instigation de leurs oncles, Childebert et Clotaire, avides, fourbes
et cruels, ils seront victimes d'un odieux complot : deux d'entre
eux périront dans des conditions atroces. Quant au troisième, Cloud,
il échappa au massacre grâce à l'aide d'hommes courageux qui réussirent
à le faire fuir à temps.
"Dédaignant
le royaume terrestre, Cloud se donna entièrement à Dieu et, coupant
de sa propre main ses longs cheveux (insigne chez les Francs de la
race royale), il devint clerc et, persistant dans les bonnes oeuvres,
il était prêtre quand il quitta le monde" (1).
S'étant
tout d'abord placé sous la direction du célèbre Saint Séverin qui
vivait en reclus près de Paris, il se retira secrètement en Provence,
loin de tous ceux dont il était connu. Fuyant les foules accourues
vers lui en raison des prodiges qui lui étaient attribués, il revint
à son premier ermitage, près de Paris. C'est là qu'à la sollicitation
du peuple il reçut les ordres sacrés.
"Tout
le monde admirait les vertus de ce roi devenu prêtre ; on ne tarissait
pas d'éloges sur son humilité, sa modestie, son détachement des choses
du monde, son amour de la mortification, sa charité pour les malheureux"
Pour éviter cette vénération, il se retira une fois de plus sur une
colline, en un lieu qui recevra plus tard le nom de Saint-Cloud. Il
y mourut en 560 après avoir fait bâtir un monastère qu'il dota des
biens que les rois, ses oncles, lui avaient rendus.